Le cercle d’excellence : aies confiaaaaaaance, crois en toâââââââ !

Le cercle d’excellence : aies confiaaaaaaance, crois en toâââââââ !

Le « cercle d’excellence » est un protocole PNL qui permet d’accumuler de la confiance en mobilisant les ressources nécessaires pour se sentir bien dans un lieu ou une situation que l’on appréhende habituellement.

 

Vendredi soir. Je sors du bureau. Habituellement je ressens une sorte de libération, une légère euphorie à l’idée de ces deux jours de liberté qui s’ouvrent devant moi. Mais pas aujourd’hui. Je me sens nouée à l’intérieur. Je respire vite, je n’arrive pas à capter les odeurs et les sons autour de moi, ça bourdonne dans ma tête. Avant de partir, j’ai regardé l’agenda de la semaine prochaine : mardi, je dois faire une présentation au CNIT, devant une centaine de personnes. Deux séances consécutives. Deux cents personnes. L’après-midi, à l’heure maudite d’après-déjeuner. Oh, je n’avais pas oublié, ça fait des mois que c’est prévu, des semaines que je prépare mon discours. Mais en voyant ce moment fatidique si proche dans mon agenda, je me suis vraiment sentie mal à l’aise. Je ne parviens plus à réfléchir correctement, mon cerveau n’est fixé que sur ça.

Debout, coincée dans un angle du wagon de métro, j’essaye de penser au week-end. Je vais dîner chez des amis samedi soir. Et dimanche, j’ai prévu de faire un tour au bord de la Marne. Il devrait faire grand soleil. Ces perspectives ne m’enthousiasment pas. Je les vois à travers une sorte de brouillard, un peu comme des trucs irréels. J’ai l’impression que tant qu’on ne sera pas mardi soir, je ne pourrai plus sourire, plus rêver, plus profiter de rien. Pourtant j’ai bien préparé. Je connais à peu près le sujet. Mais j’ai beau me dire ça, c’est plus fort que moi, quand j’y pense, ma gorge se noue, mon ventre me fait mal, ma vue se brouille. Je sens la sueur perler à mes tempes, mes mains devenir moites et mes pieds geler dans mes chaussures fourrées. Je ne vais jamais y arriver. Mardi me paraît à la fois proche et loin. Proche parce qu’il occupe tout mon esprit, loin parce que j’ai l’impression de ce ne sera jamais fini. L’échéance se dresse comme un mur devant moi, un mur qui occulte la suite du chemin, au point que je ne vois même pas s’il y a une vie derrière, s’il y a d’autres week-ends, des vacances, des sourires, des cris de joie.

Je sors du métro. Il pleut. Je ne m’en étais même pas rendu compte. De toute façon, à quoi servirait le soleil ? Je remercie presque le temps de se mettre au diapason de mon humeur. Me voilà devant chez mon coach. J’hésite à sonner. Personne ne peut rien pour moi. Ma tête pèse vers l’avant, comme si je tendais le cou pour simplifier le boulot de l’employé de l’abattoir… La pluie redouble. Allez, je rentre. Maintenant que je suis là…

*

Poignée de main. Echanges autour de la pluie qui bat les fenêtres de la salle un peu froide où les néons engagent un bras de fer avec l’obscurité qui tente d’envahir l’espace. Sombre, blafard, froid, les mots qui dansent dans ma tête ont tous cette coloration sinistre. J’expose mon objectif du jour. Ne pas avoir peur pour cette présentation mardi. Non, c’est négatif. Être moins mal à l’aise devant un public. Pas très positif non plus. Être détendue et en pleine possession de mes moyens mardi. Oui, ça ne dépend que de moi, non ça ne nuira à personne, oui je saurai le mesurer à mon niveau de stress sur une échelle de 1 à 10, oui, j’aurai un réel intérêt à atteindre cet objectif, je serai plus efficace, mon message passera mieux, je maîtriserai la situation. De quoi aurais-je besoin pour être détendue et en pleine possession de mes moyens mardi ? Voyons… Que ce soit annulé… Non, ce n’est pas possible… Que quelqu’un d’autre le fasse à ma place… Pas possible non plus… J’aurais besoin d’avoir davantage de confiance en moi.

Je me tiens debout au milieu de la pièce. Je ferme les yeux. J’imagine devant moi un cercle. Il fait un peu moins d’un mètre de diamètre. Il est violet, recouvert de paillettes dorées qui le font scintiller. Il dégage une lumière qui pulse lentement, comme si un cœur battait à l’intérieur. Il est en légère en lévitation, flottant à quelques centimètres du sol. Son image est imprimée sur mes paupières closes. Je le sens, là, juste devant moi.

Je fais un pas en avant. Me voilà dans le cercle. Je sens sa légère chaleur autour de moi et la lumière filtre doucement à travers mes paupières fermées. Je laisse venir un moment du passé où j’ai ressenti de la confiance en moi. Ce n’est pas évident. Plusieurs épisodes du même ordre que celui qui m’attend mardi se présentent dans le champ de ma conscience. Cette présentation à l’auditorium. Une bonne centaine de personnes. Certaines dormaient dans les fauteuils confortables. Non, pas de confiance. Un rendez-vous pour un entretien d’embauche passe fugitivement devant mes yeux. Pas de confiance non plus. J’inspire un grand coup. Je vide mes poumons longuement pour chasser ces souvenirs et faire la place à celui que je cherche, à celui qui sera ma ressource…

Je sens une texture souple et douce sous mes mains. Un peu fraîche. Légèrement farineuse. De la pâte sablée. Je la dépose dans le fond d’un moule, je la lisse pour qu’elle soit bien plate, j’appuie les bords contre le moule. Puis je sens une spatule dans ma main droite. Je mélange du beurre et du sucre, d’un geste ample. J’ajoute des œufs. Je suis sûre de moi. Je ne me pose pas de question. Je tourne. J’ajoute ensuite de la poudre l’amandes. Mon esprit s’envole vers les amandiers en fleurs, puis je ressens sur ma langue la fraîcheur, le goût fin et doux, la légère note d’humidité, comme une goutte de rosée du matin qui explose, des amandes que l’on croque juste après les avoir cueillies sur l’arbre. Le velouté de leur coque aussi. Son vert tendre et soyeux. Je mélange tandis qu’un feu doux réchauffe l’ensemble, ses flammes aux couleurs changeantes dansant doucement sous la casserole. Le chuchotement du gaz parvient à mon oreille, un délicieux fumet commence à envahir la cuisine, une chaleur légère monte de la casserole et colore insensiblement mes joues. Je suis tranquille. Je sais que je vais y arriver. Je n’ai aucun doute. J’étale la frangipane sur la pâte, doucement, en l’égalisant bien. Je racle les bords de la casserole et je suce mes doigts, un goût sucré et régressif envahit ma bouche. Délicatement je pose des demi-poires sur la crème. En rond, plus une au milieu. Je regarde la jolie rosace. C’est le dessert préféré de ma fille, elle va être heureuse, je vais regarder ses yeux briller, je n’en doute pas un instant. J’ai confiance en moi. A ce moment précis où je ressens pleinement ce sentiment, je touche mon poignet gauche de ma main droite. Ce sera mon ancre de confiance en moi.

Un pas en arrière, je sors du cercle. Je m’ébroue un peu. La cuisine se dissout, la pièce froide et sombre reprend ses droits, mais les néons semblent distiller un peu plus de chaleur. Je regarde dehors. Une petite pluie tombe encore et fait des stries devant les réverbères.

Je regarde mon cercle, violet, scintillant, palpitant. J’entre de nouveau à l’intérieur. Je laisse venir un autre souvenir lié à la confiance en soi. Je marche sur un sol caillouteux. Mes semelles sont épaisses, mais je sens quand même les reliefs du chemin. C’est un chemin étroit. Je franchis des traverses de chemin de fer posées perpendiculairement au passage, assez espacées, au-dessus d’un trou creusé profondément dans la terre aride. Un stratagème visant à empêcher les moutons de s’égayer en dehors de leur espace… Le sentier commence à monter. Des feuilles de fougère empiètent sur les côtés. Les arbres se font plus touffus à mesure que j’avance. L’inclinaison s’accentue. J’appuie sur mes cuisses. Mon souffle se raccourcit à chaque pas. Je sens mes joues s’échauffer, quelques gouttes de sueur glisser le long de ma colonne vertébrale. En haut du raidillon je m’arrête. Je sors une bouteille de mon sac et je savoure la fraîcheur de l’eau qui coule dans ma gorge. Mon cœur ralentit, mon souffle s’allonge. Je sens l’odeur des feuilles. Ici à l’ombre, un peu de mousse adoucit les contours des pierres posées ça et là. J’entends le chant d’un oiseau. Puis le frémissement d’un ruisseau. Je sais où je vais. Je sais que le chemin va redescendre, que juste derrière un mouvement vers la droite un énorme rocher couvert de lichen me regardera, posé là dans un équilibre improbable. Je m’arrête au bord du ruisseau. Je jette quelques cailloux, j’écoute leur « pop » quand ils crèvent la surface de l’eau, je regarde les cercles concentriques se propager jusqu’à embrasser la berge. Le chemin s’étrécit et devient tortueux. Je tends la main et cueille une mûre. Ses grains explosent dans ma bouche, libérant leur jus sucré et chaud malgré la pénombre fraîche qui règne dans le sous-bois. J’avance encore. Aucun doute, je connais la voie. Je me sens bien, serine, complète. Soudain je la vois. Là, devant moi, séculaire : la borne n°23 marquant la frontière entre la France et l’Espagne. Tant de fois j’y ai posé la main, tant de fois j’ai posé un pied de part et d’autre en riant de l’étrangeté d’avoir le pied gauche ibérique et le pied droit gaulois. J’y pose encore une fois la paume. Je sens la sagesse des ans m’envahir à travers les aspérités du granit. Je me repose un moment. Encore quelques centaines de mètres tout contre le lit du ruisseau charriant de la terre rouge et je m’assieds sur un banc de bois posé sous des platanes étrangement plantés en carré au milieu d’une forêt de chênes et de hêtres. L’homme s’approche et pose devant moi une tranche de fromage de brebis et de la confiture de cerises noires. J’ai atteint mon but. L’air est léger. Je suis bien. Je suis moi. Une fois encore je touche mon poignet gauche avec ma main droite en goûtant ce plein moment de confiance et de sérénité.

Un pas en arrière. Je quitte la montagne basque et reviens dans la salle. Je secoue mes jambes et mes bras. Le chant du ruisseau s’éloigne, l’odeur des bois est remplacée par celle du café froid qui doit traîner dans un coin. Je regarde dehors. La pluie a cessé. Les grands marronniers s’égouttent sur les grilles noires qui enserrent leurs pieds.

Je pense à la présentation de mardi et à son sujet sexy, « supervision métier et banque digitale ». Je fais un pas en avant. La puissance de mon cercle m’enveloppe. Sa lumière chaude m’envahit. Je suis dans une grande salle, au sous-sol du CNIT. Des personnes entrent et s’assoient. Certaines posent un cahier sur leurs genoux. Je suis assise devant un bureau, sur une estrade. J’inspire. Je pose ma main droite sur mon poignet gauche. Je ressens un grand calme intérieur. Mes pieds sont posés à plat sur le sol, je me sens reliée à la terre, ancrée dans le présent, droite. Le silence se fait. Je prends la parole. Je déroule mon exposé, en y glissant de temps à autre quelques anecdotes amusantes qui font rire l’auditoire. Les mots s’enchainent, ils coulent comme le ruisseau au bord du chemin, dansent sans trébucher, voyagent entre les murs de la pièce doucement éclairée. Je vois des personnes debout au fond. Elles n’ont pas pu trouver de siège. Trop de monde. Je leur souris et continue à parler. Une personne se lève et me pose une question. Je me sens parfaitement détendue, l’esprit clair. La réponse vient spontanément. Je connais le sujet. Plus de questions. Je clos la séance. A ma grande surprise, des applaudissements s’élèvent. Je remercie l’assemblée. Je remets en ordre mes papiers. Allez, une petite pause avant d’attaquer la deuxième séance.

*

Un pas en arrière. Je sors du cercle. Je l’emmène avec moi et descends dans la rue. Le ciel est clair maintenant. Je vois briller quelques étoiles. Je marche tranquillement vers le week-end. Je commence à savourer le samedi soir entre amis, le soleil du dimanche réchauffe déjà mes os. Soudain, au coin de la rue, trois jeunes hommes surgissent devant moi. Je sursaute. Dans la lumière crépusculaire, ils me paraissent immenses. Le plus grand fait encore un pas en avant, me dominant de plus d’une tête. « Hé, m’dame ? ». Je lance mon cercle devant moi, je saute dedans. J’inspire. Je pose ma main droite sur mon poignet gauche. J’expire. « Oui ? ». Il avance encore. Je penche la tête pour le regarder dans les yeux. Je souris. Tranquille. « Vous sauriez où est la place Félix Eboué ? ».  Bien sûr je sais. Droite, gauche, tout droit. Simple. « Merci ». Je remets mon cercle sur mon épaule, et m’éloigne vers le métro en saluant les trois compères de la main.

 

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Le procrastinateur, le singe, l’éléphant, les cailloux et la tomate

Le procrastinateur, le singe, l’éléphant, les cailloux et la tomate

Lundi
Tiens, j’écrirais bien un nouvel article. J’aime bien écrire des articles, c’est vraiment un moment agréable, tranquille devant mon ordi, à enrouler les mots, à les faire sonner, résonner, tout en regardant le soleil jouer à travers les feuilles des arbres que j’aperçois par la fenêtre. Ils ont drôlement poussé les arbres. Faudrait que je les taille. Mais ils sont hauts. Peut-être qu’avec un échenilloir ça serait plus facile. Je me demande combien ça coûte. Tiens, je vais regarder sur le site de Leroy Merlin (ou Castorama ou Bricorama). Un peu moins de 100€ perche comprise. Ah moins que je ne demande à quelqu’un de venir ? Pages jaunes ? Allô voisin ? Je vais jeter un œil. A-L-L-O. Ah, Allo Resto m’affiche Google. C’est vrai, tiens, je vais faire quoi à manger ce soir ? Du poulet ? Je n’en ai plus assez je crois. Attends je vais voir dans le frigo. Oui, c’est bien ce que je pensais, plus assez. Au moins j’ai pu prendre un morceau de chocolat au passage… Une salade ? Les enfants vont faire la tête. Une quiche ? Oui, pas mal. A quoi ? Voyons Marmiton. Lorraine. Au thon. Aux courgettes. Aux champignons. Au saumon… Mince, il est déjà 19h, ce n’est plus la peine que je m’y mette à cet article, à 19h30 faudra que je me mette à la cuisine. Tant pis, on verra demain. J’ai quoi demain ? Mon ami iCal, dis-moi. Un rendez-vous le matin, rien l’après-midi, super, j’écrirai à ce moment-là, j’aurai au moins 3h avant la sortie de l’école, pas la peine que je m’excite ce soir…

Mardi
Voilà, l’ordi est prêt, moi aussi, je me suis fait un café, il est 13h30, j’ai 3h30 devant moi. Bon, avant de commencer à écrire, je vais boire mon café tranquille en jouant à un petit jeu, ça me mettra en conditions. Candy crush saga. Niveau 1903. Pas mal ! C’est rien, Candy crush saga, on n’a que 5 vies (pas question de bidouiller la date système, je vous l’ai déjà dit, non, que ma valeur n°1 c’était l’honnêteté ? Même vis à vis d’un processeur, non mais), et chaque partie ne dure qu’une ou deux minutes. Bon, d’accord, un jour j’essayerai de chronométrer combien de temps j’y passe par jour. Pas beaucoup, je suis sûre ! Quoi, qui a dit « mon œil ? ». Allez, bonbons rouges, bonbons bleus, explosion, zut, j’ai perdu. Encore une petite partie. Mince, j’ai déjà fini mon café. J’ai encore un peu faim. Peut-être un petit bout de pain. Ou un carré de chocolat. Bon, l’article. J’avais plusieurs idées de sujet. Voyons cela. En fait, ça serait peut-être mieux que je fasse le compte-rendu du rendez-vous de ce matin avant, comme ça, ça serait fait. Allez, je m’y mets. Bon, ce n’est pas très intéressant, mais faut bien le faire. L’article, c’est juste pour le plaisir. Et le travail passe avant le plaisir. Je sais, y aurait un coach dans le coin, il me dirait l’air de rien « qui c’est qui dit ça ? ». Pfff, croyances, croyances… Tap tap tap, voilà, compte-rendu terminé. Je relis, j’envoie. J’ai bien mérité une petite pause. Je me ferais bien un thé. Allez, c’est vendu. Et puis ma montre n’arrête pas de couiner en me disant « Levez-vous », je ne peux pas désobéir à ma montre tout de même. Allez, me revoilà. 16h30. Quoi, déjà ? Faut que je parte à l’école dans 1/2h, plus la peine de commencer cet article. Bah, je verrai ce soir… A moins que je ne regarde un truc à la télé. Ce n’est pas Grey’s anatomy ce soir ? Même sans le docteur Mamour, ça reste pas mal…

Mercredi
Bon, j’ai déjà fait deux allers-retours à l’école. Un petit café et je m’y mets. Qui dit café dit détente, qui dit détente dit… Candy crush saga ! Juste un peu. Quelques bonbons, quelques meringues, deux ou trois gélatines… Oh, mais j’y pense, cet aprem, fifille va à la gym. Faut que je regarde si j’ai bien lavé et repassé ses affaires. Ah oui, c’est bon. Mais ils mangent tous les trois à la maison à midi, mince, je vais leur faire quoi ? Bon, je verrai à 11h, pour l’instant l’article. Zut, je n’ai toujours pas choisi le sujet. Il y a tellement de choses passionnantes dans le milieu du développement personnel ! Je me demande d’ailleurs s’il n’y aurait pas quelques nouveaux bouquins qui seraient sortis. Tiens, je vais jeter un œil. Psychothérapies. TCC. EFT. Ah oui, EFT, j’avais reçu un livre blanc il y a quelques semaines. Je ne l’ai pas encore lu. Mince, où je l’ai mis ? Ah le voilà. Voyons. Ah oui, ça a l’air très intéressant. Mmmmm… Bon, je le terminerai un autre jour. Quoi, plus que 20 minutes avant 11h ? Bon, je vais lire mes mails… Et puis on verra demain, parce que cet aprem, j’ai un peu beaucoup de choses à faire.

Jeudi
Oh la la, je dois absolument faire ma compta et ma déclaration de tva aujourd’hui, c’est la dernière limite. Et j’ai des rendez-vous. Je sens que c’est mal barré pour écrire cet article. Ça commence à me saouler, j’aime bien écrire des articles, zut ! Bon, au moins la compta c’est tranquille, pas besoin de réfléchir beaucoup, et puis au moins j’aurai l’impression d’avoir fait quelque chose. Et puis je n’ai pas le choix. Allez, on verra demain…

Vendredi
Bon, le café est bu, ce coup-ci je ne me laisse pas distraire. L’article. Il faut que je choisisse mon sujet déjà. Je me demande si ça ne serait pas une bonne idée d’écrire quelque chose sur……… la procrastination. Remettre au lendemain. J’ai bien l’impression que j’ai un petit côté procrastineur… ou procrastinateur. Je ne sais pas quel est le bon mot. Et Word n’aime ni l’un ni l’autre. Google ! Ah ben, Google trouve les deux. Enfin, on dirait bien que c’est procrastinateur quand même. Allez, je lève mes fesses et j’attrape un vrai bon gros dictionnaire en papier ! Que dalle. Bon, c’est vrai qu’il n’est pas jeune mon bon vieux Robert… Tiens ça me fait penser à Robert Redford. Comment il s’appelait ce film, déjà ? NON !!! On se concentre. Procrastinateur. C’est que j’en connais des trucs pour lutter contre… Une histoire de cailloux… Une histoire de tomate… De singe et d’éléphant aussi… Oh, mais j’y pense, vous avez vu cette vidéo formidable de Tim Urban sur le sujet ? Une prestation génialissime qu’il a faite pendant les conférences TED. Vous connaissez les conférences TED ? Oui ? Tant mieux. Non ? Oui, et ben vous irez voir plus tard. Vous voulez le lien de la conférence ? Si je le mets, vous reviendrez lire la suite ? Non, parce que ça pourrait vous donner l’idée d’aller voir autre chose qui vous donnerait l’idée d’aller voir autre chose qui vous donnerait… Allez, je vous le mets en bas, un petit coup de roulette à souris, d’ascenseur ou un glissement de doigts furtif sur le trackpad et vous y serez…

Revenus ? Merci ! Alors il nous dit quoi, le Tim ? Qu’on a dans le cerveau un gars raisonnable qui barre le bateau, maintient le cap et a la vision de ce qu’il faut faire. Il organise les tâches, il fait les plans, il sait où il faut aller et comment. Tant qu’il est au gouvernail, tout va bien, notre bateau avance droit, les cases de notre to do list se cochent. Mais dans notre tête habite également un petit singe. Mignon, sympa, lui ce qui l’intéresse c’est la gratification immédiate. Se faire plaisir là tout de suite, maintenant. Alors il prend les commandes (du bateau, pas les commandes de pizzas, pff), et nous conduit vers toutes ces sources de satisfaction qui sont juste à portée de main, qui ne demandent aucun effort : la boîte mail, la boîte de bonbons, la boîte à images, la boîte à musique, la boîte à coucou, le coup de fil à un ami, le coup de filet dans le frigo, la visite à un autre ami, surtout celui qui s’appelle Google, la chaise-longue, les baskets, le canapé, que sais-je encore… Et tant qu’il est aux commandes, plus d’espoir pour notre commandant de bord, le bateau dévie, tangue, roule et le planning dérive…

Bon, c’est sympa cette histoire de singe, mais concrètement, on fait quoi pour ne plus procrastiner ?

Certes, on peut compter sur la pression de la dead line et se dire que comme souvent, on aura un coup de fouet (ou de pied au cul, ou les deux) quelques jours avant l’échéance. Mais, et d’un ce n’est pas très confortable, voire pas confortable du tout, parce que le barreur il est là, il regarde le singe faire le couillon et il râle, et de deux, les études montrent que quand on travaille sous pression les erreurs augmentent, et de trois, ya pas forcément de dead line. Genre si je me dis que je veux publier un article sur mon blog. Personne va venir râler parce que je ne l’ai pas fait, personne n’a dit que je devais en publier un par semaine ou par mois, personne ne va venir me le mettre ce coup de pied aux fesses. Enfin, quoique… j’ai bien remarqué que Facebook ronchonnait si on n’écrivait pas assez souvent. Mais un coup de pied de Facebook, ça n’est pas très douloureux…

Alors, concrètement ? Trois petites histoires : une de cailloux, une d’éléphant et une de tomate.

Une histoire de cailloux
Je vous la fais courte, si vous voulez la version longue, pas de doute que vous saurez la trouver. Mais pas tout de suite, on reste focus !!! Il était une fois (bon, ça c’est pas dans la version officielle) un professeur qui devait donner un cours sur la gestion du temps à des tronches en management, et il n’avait pas beaucoup de temps pour le faire. Alors il a sorti un gros bocal en verre et y a placé quelques gros cailloux, genre galets ou balles de tennis. Et il a demandé aux super managers si le bocal était plein. Ben oui qu’ils ont dit. Et paf, le professeur sort des petits graviers de sa poche et les verse dans le bocal où ils se répartissent tranquilles entre les gros cailloux. Et là, il est plein mon bocal ? Chat échaudé craignant l’eau froide et manager top niveau ne voulant pas passer pour un con devant tout le monde, la réponse fut non. Et notre prof sort du sable de son chapeau et rebelote, le verse dans le bocal. Et là, c’est plein ? Ah ben non, on ne nous la fait pas ! Exact, trop forts les cadors en management ! Et notre prof de verser de l’eau jusqu’à ras bord. Alors vous avez appris quoi, chers brillants étudiants ? Et ben, que quand l’agenda est plein, on peut le remplir encore et encore ! Pfff, mais non, pôv nigauds de managers de mes deux, que nenni ! Ce que ça vous apprend, c’est que si vous n’aviez pas mis les gros cailloux en premier, et ben vous n’auriez jamais pu mettre le reste ! Donc, avant d’attaquer sa journée (sa semaine, son mois, son année), on décide quels sont les gros cailloux à caser absolument, on les planifie et on les garde bien en tête. Et le sable et les graviers que charrient notamment les outils digitaux, l’eau que l’on cherche pour remplir son estomac ou apaiser son ennui, ben on ne les met qu’après. Ou pas.

Une histoire d’éléphant
Bon, donc on sait ce qu’on doit accomplir dans la journée. N’empêche, faut le faire. Et il faut être en bonnes conditions pour le faire. On admet communément que le cerveau est composé de trois parties (quoique, hein, ça se discute, mais là présentement, ce n’est pas bien important, et puis trois c’est impair et je préfère les chiffres impairs) : le cerveau reptilien qui est genre instinctif, le cerveau limbique où les émotions s’en donnent à cœur joie et le néocortex qui est le rationnel de l’histoire. Voilà l’histoire donc. Il était une fois un cornac (le neocortex) qui était monté sur son éléphant (le cerveau limbique). Le cornac sait où il veut aller, il dirige son éléphant, peinard. Enfin, peinard, façon de parler, parce que ça lui demande de l’énergie de diriger son éléphant. Alors au bout d’un moment, il commence à piquer du nez. Et l’éléphant, il le sent bien. Alors il commence à aller à droite regarder un truc sur Facebook, à gauche chercher un morceau de fromage à manger (euh, ça mange du fromage les éléphants ?) et notre cornac se laisse balloter, et au final, la journée s’achève et il n’est pas du tout arrivé à l’endroit prévu. Alors il faut faire quoi ? Donner de l’énergie à notre cornac pour qu’il ne pique pas du nez ! C’est à dire dormir suffisamment, faire de l’exercice physique, prendre l’air, manger des bonnes choses (bonnes pour la santé, hein, pas bonnes parce que pleines de sucre ou de crème), méditer, …
Bon, voilà, on a rechargé les batteries, avec ça le cornac est en forme. Il peut reprendre son chemin. Mais voilà que, paf, ya un truc au milieu de la piste qui fait peur à l’éléphant. Un obstacle qui lui paraît si haut, si infranchissable qu’il ne veut plus avancer d’un pouce. Et notre cornac regonflé à bloc, il n’y peut rien, pas moyen que l’éléphant passe au-dessus de ce fichu obstacle. Et pas moyen de le contourner non plus. Pourtant il pourrait passer au-dessus l’éléphant, il a les pattes assez grandes, les muscles assez forts. Mais pas moyen, il reste tanqué. Alors notre cornac, il descend, et il place devant l’éléphant le même obstacle, mais très bas, et il fait passer l’éléphant, une fois, deux fois, dix fois. Et il monte un petit peu l’obstacle et c’est reparti pour une fois, deux fois, dix fois. Et ainsi de suite jusqu’à ce que l’éléphant n’ait plus peur de franchir l’obstacle initial et y parvienne. Alors, comme lui, face à un obstacle qui vous fait peur (parler en public, animer une réunion, tourner une vidéo, écrire un article, exposer vos idées, …), au lieu de remettre à plus tard, entrainez-vous sur quelque chose de moins engageant pour vous. Et pas qu’une fois, encore et encore jusqu’à ce que ça devienne cool pour vous, et montez un peu le niveau de temps en temps. Qui a dit que son premier concert, il fallait le faire au stade de France ?

Une histoire de tomate
D’accord, on progresse, on sait comment choisir les tâches à faire, on sait comment être en forme pour les accomplir, on sait comment surmonter son aversion émotionnelle (c’est ça le nom savant pour l’éléphant qui a peur de l’obstacle, la classe, non ?). Mais là maintenant tout de suite, je fais quoi ? Et ben je prends une tomate. Pas une vraie. Enfin, si, si vous voulez consommer là tout de suite un de vos 5 fruits et légumes par jour, mais attention au jus. Non, un minuteur en forme de tomate. Vous désactivez le Wifi, vous mettez le téléphone en mode avion et vous réglez le minuteur sur 25 minutes. Et pendant 25 minutes, vous restez focus sur la tâche que vous vous êtes fixé. Bon, si le tic tac ça vous agace, vous pouvez aussi utiliser le minuteur de votre téléphone. Si, si, même en mode avion, ça marche. Allez, on reste concentré. Et au bout des 25 minutes, 5 minutes de pause bien méritée ! On se lève, on marche un peu, on ouvre la fenêtre pour respirer, et même, si on a été très sage, on regarde un ou deux mails. Ou la dernière robe de Lady Gaga. Ou on mange un bonbon Kréma (parce que ça rime). 5 minutes, c’est tout ! Et on s’y remet. 25 minutes. Et 5 minutes. Et encore. Et au bout de 4 tranches de 25 minutes, c’est la grande pause ! Un quart d’heure ou 20 minutes. Tic tac tic tac… Super efficace ! Bon, pour les réfractaires à la tomate et les geeks, il y a plein d’applis qui gèrent le temps pour vous, avec si vous voulez des bruits de fond, la pluie, la mer, la forêt. Le nom de cette méthode c’est « pomodoro » (ben oui, ça veut dire tomate en italien, incredible isn’t it ?). Un petit tour dans le store, vous allez trouver votre bonheur…

Bon, alors voilà, il me reste 4 minutes dans ma troisième tomate pour vous dire, non pas que l’Ovomaltine c’est de la dynamique, mais que vous voilà dotés de quelques armes pour lutter contre la procrastination. Reste à utiliser, parce qu’une fois encore c’est en forgeant qu’on devient forgeron, c’est en cornaquant qu’on parvient à conduire l’éléphant, c’est en tomatant qu’on passe à l’action et c’est en y croyant qu’on laisse au loin la procrastination. Alors, vous faites quoi dans la prochaine tomate ?

Belle journée à vous et à bientôt !

 

Conférence de Tim urban : https://www.youtube.com/watch?v=TUvijOgHptQ

 

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Faites taire vos croyances limitantes, osez l’imperfection

Faites taire vos croyances limitantes, osez l’imperfection

Avril 1978
J’ai 13 ans. Mercredi après-midi. Je suis chez ma prof de piano. Aujourd’hui c’est chorale. Ça fait maintenant bien quatre ans que je fais partie de ce groupe. Un petit chœur sans prétention, juste les élèves des cours de piano et de violon. On est assis en rond dans le sous-sol d’une maison en meulière, le plafond est bas, les murs peints en blanc, une fenêtre à ras du sol amène un peu de lumière. J’aime bien cet endroit. J’aime bien chanter. J’aime bien retrouver les autres, surtout mes copines Claire et Catherine qui ont mon âge. Annie et Dominique sont plus grandes, elles ont au moins 16 ans. Elles chantent super bien. Elles m’impressionnent, je n’ose pas trop leur parler. Je suis dans les mezzos. On accompagne le chant des sopranes. Il y a de très beaux airs, ça me transporte à l’intérieur, ça vibre, ça explose, ça me remue le cerveau. Aujourd’hui on répète « Souliko ». Une chanson géorgienne, mais en français. J’aime beaucoup. Répétition par pupitre. Je bavarde un peu avec les copines pendant que les sopranes s’exercent. On se fait disputer. Faut dire, c’est un peu long d’écouter comme ça sans rien faire. Je triture la partition verte entre mes mains. « Dis-moi où es-tu Souliko-o-o-o ».

Ah, voilà, c’est notre tour. Toutes ensemble. « Où es-tu tombeau de ma mie ? » J’y mets tout mon cœur. Très jolie cette mélodie. Un peu comme une vague. De la beauté et de la tristesse. J’accompagne les mouvements de la musique en me balançant sur ma chaise. Je suis au deuxième rang. Il y a quelques filles devant moi. « Stop ! » crie la prof. « Laurence, tais-toi ! On reprend ». Laurence, c’est une de celles qui chante le mieux. Normal, la prof veut voir si on peut chanter sans son appui. On repart « Blanche fleur es-tu son tombeau ? ». « Stop ! Claire, tais-toi ! ». Claire est à côté de moi. Elle a la voix sûre, un bon soutien. C’est reparti. « Rossignol caché tout là-haut, réponds n’es-tu pas son tombeau ? ». « Stop ! Qui est-ce qui chante juste comme ça, avec cette belle voix ? » s’exclame la prof. Et Claire de dire « ben c’est Isabelle (c’est moi) ! ». La prof hausse les épaules « Non, ce n’est pas possible. On reprend ». Un instant, j’ai été fière, fière que pour une fois la prof m’entende, me voie même peut-être. Et puis tout s’est écroulé. Un courant glacé m’a traversée de la tête jusqu’aux pieds pour se dissoudre dans le sol. Je l’ai su à un moment au fond de moi que c’était moi qui chantais comme ça, mais ça a dû être une illusion, la prof a dit que ce n’était pas possible. C’est vrai, je suis trop nulle à côté des autres. Comment pourrais-je prétendre rivaliser. Elle a raison, je ne suis bonne à rien. En piano c’est pareil. Je fais toujours des erreurs. A l’école aussi, dès qu’il faut réciter un truc je bafouille. Cette chorale n’a pas besoin de moi. Que je chante ou non, c’est pareil.

La répétition s’achève. Je longe les trottoirs pour rentrer chez moi. Je regarde mes pieds. Peut-être que des oiseaux chantent, je ne les entends pas. Sans doute qu’il y a des fleurs dans les jardins des petits pavillons devant lesquels je passe. Je ne les vois pas. Peut-être qu’une légère brise printanière soulève mes longs cheveux. Je ne la sens pas.

 

Juin 1999
J’ai 34 ans. Depuis septembre, je fais partie de cette chorale de quartier. Que des femmes. Essentiellement des institutrices. Je ne connais pas bien ce milieu, mais j’aime bien être là. Elle est sympa, cette chorale, chaque chanson a une chorégraphie. C’est une amie qui m’y a amenée. Aujourd’hui c’est le concert de fin d’année. La salle est toute petite. J’ai un peu peur derrière le rideau noir. Je ne suis pas bien sûre de toutes les chorégraphies. On n’est que deux à avoir intégré le groupe cette année. Les autres sont là depuis longtemps. Allez c’est parti. Le rideau s’ouvre. Les chansons s’enchainent. « Utile » de Julien Clerc, magnifique. « La tantina de Burgos ». Marrante. Bon, ce n’est pas facile de faire les gestes tout en chantant. Je me concentre. Zut, je me retrouve devant. Je sens la transpiration me couler dans le dos. Je ne suis pas bien à l’aise, mais c’est sympa d’être en groupe comme ça. Et de chanter. Dernière chanson. « Start spreadin’ the news, I’m leavin’ today, I want to be a part of it, New York, New York ! ». Dernier pas, dernière note. Applaudissements. Saluts. Le rideau se referme. Les filles se congratulent. Je souris. Je suis contente. Soulagée aussi. Je déambule sur la scène en souriant. Je passe à côté de deux filles. Une brune et une blonde avec des cheveux frisés. C’est une des plus anciennes. Brigitte. Un peu la chef de bande. Je me dirige vers elle. Elle ne me regarde pas, elle parle à sa copine. Et j’entends. « … pas bien, là c’était pas super, c’est à cause des nouvelles, … ». Je n’entends plus. Mon sourire se fige. Je croise son regard bleu acier. Elle me fixe un moment, le visage fermé, puis se détourne. Je sens un froid s’installer à l’intérieur de moi. Plus de joie d’avoir fait se concert. Plus de joie d’appartenir à un groupe. Jamais je n’en ai fait partie d’ailleurs. Comment ai-je pu y croire un instant. Julien Clerc peut bien chanter « Utile », moi je suis parfaitement inutile. Juste bonne à faire foirer le concert. Comment ai-je pu penser une seule seconde avoir une place ici ? Julien Clerc se ramène encore dans ma tête avec son « Fais-moi une place ». Je n’ai pas su m’en faire une, normal, pourquoi on me ferait une place puisque je ne sers à rien ? Mes yeux se brouillent, envahis par une eau salée et amère. Je vais dans les coulisses. Je récupère mon sac. Mes clés de voiture. Je sors sans un mot, sans un regard, m’installe au volant et m’éloigne le plus vite possible de cet endroit. Plus jamais je n’ai croisé le regard d’une de ces choristes de quartier. Plus jamais je n’ai ressenti de joie à entonner une chanson. A chaque fois, le regard bleu acier est là, fixé sur moi. Plus jamais je n’ai chanté devant quelqu’un, même aux concerts je fais du play-back. Plus jamais je n’ai tenté d’intégrer un groupe, une association, à quoi bon, je ne leur servirais à rien.

 

Mars 2017
J’ai 51 ans. Le temps a coulé comme le sable du sablier. Je sais maintenant que ce qu’ont laissé en moi ces événements qui n’auraient pu être qu’anecdotiques est une blessure de rejet. Je sais maintenant que ce que j’ai pu me dire, « je suis nulle », « je ne sers à rien », « je n’ai rien à apporter », sont des croyances. Des croyances limitantes précisément. Comme tant d’autres du style « je suis trop vieille pour apprendre de nouvelles choses »,« je suis comme ça, je ne vais pas changer maintenant »,« je n’ai pas le droit à l’erreur ». Je sais qu’elles m’ont souvent empêchée d’avancer, de faire ce qui me plaisait vraiment. Et j’ai compris que non seulement ces croyances sont là, mais qu’en plus elles se renforcent toutes seules. Forcément : le moindre truc qui n’a pas le résultat escompté me confirme que je suis vraiment nulle. Et évidemment, comme je suis nulle, quand je veux faire quelque chose, je me dis que je ne vais pas y arriver. Parfois je n’essaye même pas. Parfois je le fais malgré les feux stop qui explosent devant mes yeux, et ce n’est pas parfait, donc c’est bien ce que je pensais, je suis nulle. Je me souviens cette fois où j’ai dû parler devant 200 personnes pour présenter un projet informatique, mes mains tremblaient, ma voix aussi, ma gorge était sèche, à la première question qu’on m’a posée, le noir dans mon cerveau, plus rien, juste l’envie de fuir. Plus jamais ça. Trop nulle. Je me souviens cette envie impérieuse de peindre. On me disait que j’étais douée pour le dessin quand j’étais petite. J’ai tout acheté, je me suis isolée et quelques heures plus tard, j’ai vu ce truc immonde qui ressemblait à l’œuvre d’un enfant de 4 ans, et encore. Plus jamais ça. Trop mauvaise. Je me souviens de ce désir de changer de vie, de devenir professeur des écoles, pour être près des enfants, les miens, ceux de la classe. Ce rêve qui me faisait vibrer, cet avenir que j’imaginais, joyeux et plein de rires. L’inscription au CNED, le travail sur les cours. Difficile. A. Bentolila. Je ne comprenais pas grand-chose. Et ce premier devoir que j’avais soumis à la sagacité d’un prof qui m’est revenu avec une note médiocre (12, à l’époque impossible de voir ça comme un encouragement, juste un « je ne suis pas à la hauteur » de plus). Les livres du CNED au fond du tiroir, le rêve balayé d’un revers de main, « ce n’est pas pour toi », « tu n’y arriveras jamais », « tellement de personnes sont meilleures que toi ». Plus jamais ça. Trop bête.

Je me rappelle tout ça. Mais le prisme à travers lequel je regarde la vie a changé. A force de lectures, d’écoutes, de partages autour du développement personnel. Un des présupposés de la PNL s’impose à mon cerveau : « l’échec n’existe pas, ce n’est qu’un feed-back ». Comprendre que de toute critique on peut tirer un enseignement. Comprendre surtout que la critique ne s’adresse pas à moi en tant que personne dans son entièreté, mais à moi dans un rôle. Moi dans le rôle de chanteuse dans une chorale, moi en tant qu’oratrice dans un amphithéâtre, moi en tant qu’étudiante. Comprendre aussi que le pire juge que j’ai eu c’est moi-même. Le comprendre, l’intégrer, le ressentir.

Essayez ça, tiens, la prochaine fois que vous vous sentirez nul, imparfait, pas à la hauteur, la prochaine fois que vous sentirez une croyance limitante vous tirer en arrière par les bretelles (ok, plus personne ne met de bretelles à part Christophe Maé) : changez d’angle de vue. Discutez cette croyance, trouvez d’autres interprétations : par exemple, si on vous dit que votre exposé n’était pas bien, et que vous vous dites que vous êtes nul(le) pour faire des présentations en public, dites-vous plutôt que la personne n’était pas intéressée par le sujet, qu’elle était fatiguée, qu’elle n’aime pas le rouge et que du coup votre chemisier lui a déplu, tout ce qui vous passera par la tête comme interprétation différente. Pensez aussi aux autres fois où vous avez fait des exposés et avez eu des retours positifs. Aux autres personnes qui vous ont félicité pour cet exposé-là. Peut-être bien que vous vous focalisez sur une seule réaction et que vous en oubliez toutes les autres. Et fort(e) de tout ça, revivez la situation, imaginez la personne qui vient vous dire que votre exposé n’était pas bien. Soyez attentif à ce que vous ressentez maintenant. C’est mieux ?

Et puis ne faites pas ce que j’ai fait à maintes reprises. Si vous n’osez pas faire quelque chose, si vous avez peur, faites-le quand même. Si le résultat de votre action ne vous plaît pas complètement, si les retours ne sont pas tous dithyrambiques, n’arrêtez pas, recommencez. J’ai aussi appris cela : on ne peut progresser qu’en sortant de sa zone de confort, cet endroit douillet où on ne risque rien, où on maîtrise tout ce qu’il y a à faire, où on réussit quasiment à coup sûr, où on est reconnu, où on est bien. Bien, mais pas forcément complètement heureux, pas forcément complètement rempli, pas forcément complètement soi. Et sortir de cette zone de confort, c’est avoir peur, c’est ressentir de l’inconfort, c’est faire des actions imparfaites. S’autoriser à en faire. Et même les faire avec joie en se disant qu’elles ouvrent la voie au progrès. Et recommencer, encore et encore. Parce que faire 1000 choses différentes une seule fois ne vous apprendra rien, alors que faire 1000 fois la même chose vous mettra sur le chemin de l’excellence.

J’ai 51 ans donc. Enfin 52 dans quelques jours. Mon rêve depuis des dizaines d’années c’est écrire. Je me sens tellement bien quand j’écris. L’impression de m’immerger dans un monde différent, de me connecter à une source d’où jaillissent les mots, comme une eau fraîche qui vient sautiller sur les rochers. Le plaisir d’enchaîner ces mots, de les polir, de les assembler, de les faire danser. Plusieurs fois on m’a dit que je devrais écrire. Il y a bien longtemps, je devais avoir une vingtaine d’années, quand j’avais écrit un article pour le journal local sur une figure du quartier qui nous avait quittés pour toujours. Au bureau du temps où on faisait encore des notes et pas des mails en style télégraphique, voire des sms en langage mystique. Lors de formations où il fallait rédiger de petits textes. Mais bien sûr, comme j’étais nulle et que je n’avais rien à apporter, c’est resté un rêve. Pas un mot n’a été couché sur le papier. Mais c’est terminé. Aujourd’hui je m’autorise à faire des choses imparfaites. Plusieurs écrits sont rangés dans les tiroirs virtuels de mon Mac, et depuis janvier j’ose en partager quelques-uns avec vous ici. Au début, j’ai désactivé les commentaires. Ça m’a demandé des efforts de me rappeler que le feed-back fait grandir, que ce n’était pas moi en entier qu’on jugerait mais mon texte, que chacun a sa propre représentation de ce qui l’entoure, sa « carte du monde » diraient mes amis PNListes, et qu’il est normal que tout le monde ne voie pas les choses de la même façon. Et puis comme dirait mon ami Boris, en activant les commentaires, je n’étais pas à l’abri de recevoir un commentaire positif. Il m’a bien fallu l’admettre. Si Charles Aznavour nous dit « cela m’ a pris du temps avant que je renonce », je dirais « cela m’a pris du temps avant que j’ose ». Mais le plaisir est immense, même si mes textes sont courts (enfin, c’est un point de vue, vous êtes peut-être en train de vous dire que c’est fichtrement long…), même si vous êtes cinq ou six à les lire, même si j’aurais pu faire mieux, mais si tant de gens font mieux…

Alors, je vous le demande : quel est votre rêve ? Qu’est-ce qui vous fait vibrer ? Que voudriez-vous faire qui ferait que vous seriez en parfait accord avec vos valeurs, avec vous-même ? Avez-vous une envie enfouie ? Un truc que vous n’avez jamais osé partager, que vous avez eu peur de cultiver, que vous avez caché au fond d’un placard ? Rappelez-vous ça : c’est oser les actions imparfaites qui vous fera grandir. C’est les répéter plusieurs fois qui vous fera progresser. Vous ne risquez rien à vous exposer, ce n’est pas vous que l’on jugera, votre personne ne sera pas remise en cause. Chaque retour que l’on vous fera vous aidera à vous améliorer. C’est à rester cacher que vous prenez un risque. Le risque de passer à côté de ce qui vous mettrait en résonance avec la vie.

Alors, quelle est la première petite chose que vous pourriez faire pour cheminer vers votre rêve ?

Belle journée à vous, mes chers amis…

 

© Copyright Isabelle Roche – 2017 – Tous droits réservés
Le texte de cet article est la propriété de son auteur et ne peut être utilisé sans son accord et sous certaines conditions.

La nouvelle pensée positive : go, go, go !

La nouvelle pensée positive : go, go, go !

Mardi soir. Je quitte en vitesse mon bureau. Il fait presque nuit et il pleut. Je m’engouffre dans ma voiture, direction la place Saint-Georges, quelque part dans la capitale. Les voitures, les piétons, les motos s’entremêlent, dans un brouhaha. Brouhaha. Joyeux brouhaha. Dans la littérature les deux mots vont souvent ensemble. Là, je le trouve carrément pénible ce brouhaha. Pénible et humide. Vous allez me dire que je n’avais qu’à prendre le métro. Et vous aurez sans doute raison.

Ah voilà, une place. C’est bon, je suis à l’heure. Je n’ai pas mangé. Tant pis, on verra ça plus tard. Je remonte la rue Notre Dame de Lorette sous le crachin parisien (et pas breton s’il vous plaît, jamais vu cette brouillasse froide et sale au doux pays des crêpes et du homard bleu). Une façade illuminée droit devant moi. Théâtre Saint Georges. Je sors mon e-billet. Il y a du monde. Fouille des sacs. Escalier recouvert de tapis rouge. Ambiance ouatée. Je m’installe au milieu d’un rang, pas bien loin de la scène. Le manteau sur les cuisses, l’écharpe dans la manche, le sac à dos sous les pieds, un carnet Moleskine sur le manteau, et un stylo Frixion (c’est plus prudent pour éviter les ratures) dans la main droite. Mes genoux touchent le siège de devant. Aïe, ça va être dur…

Je suis prête. Prête à quoi ? A écouter Yves-Alexandre Thalmann parler de la nouvelle pensée positive. Une conférence organisée par Rencontres Perspectives. J’adore les conférences qu’ils organisent. Toujours inspirantes, riches en enseignements, en rencontres. Un bon moyen d’ouvrir des perspectives. Ah ben finalement c’est pas idiot d’avoir appelé ça « rencontres perspectives ». Oui, d’accord, je vous donnerai le lien pour consulter leur programme, mais à la fin de l’article, hein, sinon je vous connais, vous allez partir, et p’têt même pas revenir comme dirait un certain Patriiiiiiiiiiiiiiiiiick !

Vous connaissez Yves-Alexandre Thalmann ? Moi, non. Oui, ben non, allez pas chercher maintenant non plus, je vous donnerai le lien de son site, mais à la fin j’ai dit ! Ah, voilà, pas de roulement de tambour, pas de toc toc toc du brigadier, un monsieur qui s’avance au milieu de la scène. Attention, Mesdames et Messieurs, ça va commencer…

Le monsieur est un scientifique suisse, docteur en physique à l’origine, qui s’est formé à la psychologie ensuite. Son propos du soir est d’analyser avec l’œil du scientifique la pensée positive. Et il faut bien distinguer pensée positive et psychologie positive. Allons-bon, je n’avais pas capté qu’il y avait une différence moi. La psychologie positive recouvre les recherches scientifiques autour du bonheur avec comme « chef de file » Martin Seligman. La pensée positive c’est ce qui tourne autour de l’idée qu’en imaginant de façon positive ce qu’on veut obtenir on l’obtient. Son but central est la réalisation de nos souhaits (trouver un job génial, un partenaire de vie, la santé, …). Avec des stars de la discipline comme Rhonda Byrne. Ah, très bien. Effectivement, ce n’est pas franchement la même chose. Et une chose que j’ajoute dans ma besace à connaissances !

Au cœur de la pensée positive, on trouve la loi de l’attraction. Quesako ? Pas compliqué : « les pensées positives attirent les expériences positives, tandis que les pensées négatives attirent les expériences négatives ». Notre psycho-physicien suisse s’est donc penché de manière scientifique sur cette loi et nous expose les résultats de longues études menées sur des tas de gens. Et voilà en bref ce qu’il en est sorti :
– les personnes qui visualisent uniquement les obstacles susceptibles de se dresser entre elles et l’atteinte de leur souhait sont celles qui réalisent le moins souvent leur souhait.
– les personnes qui visualisent uniquement leur souhait comme s’il était réalisé (c’est ça la pensée positive) ont de meilleurs résultats que les précédentes.
Mais il existe une méthode encore plus efficace : les personnes qui visualisent le souhait réalisé ET les obstacles éventuels, tout en imaginant une façon de les contourner obtiennent les meilleurs résultats ! Donc la pensée positive toute seule n’est pas le meilleur moyen d’obtenir ce que l’on souhaite. Et paf. Un autre truc dans ma besace. En même temps je ne connaissais rien à la pensée positive, alors je n’ai pas de croyance à effacer de mon cerveau, c’est cool.

Alors notre scientifique toujours suisse, et bien sympathique, a déduit de ces études une méthode optimale pour obtenir ce que l’on souhaite. Elle s’appelle DROP (pff, à ce sujet, ce n’est pas cette année qu’on va gagner le tournoi des 6 nations. Oui, bon, d’accord je m’égare. Mais il faut dire, ces sièges ne sont vraiment pas confortables. Vous pourriez compatir, vous tranquillement assis devant votre ordi ou votre smartphone ou votre phablette ou votre tablette ou votre télé ou …).

Donc DROP c’est :
D : exprimer son Désir
R : visualiser le Résultat (se faire de belles images de son souhait réalisé)
O : visualiser l’Obstacle (le ou les machins qui se dressent pile entre vous et votre souhait)
P : construire un Plan au cas où l’obstacle se présenterait.

Il paraît que cette méthode serait plus efficace parce que les visualisations positives seules créent des pensées agréables, font se sentir bien mais ne poussent pas à l’action puisque le cerveau pense que le souhait est réalisé (les neuroscientifiques ont confirmé ça avec leurs jolis appareils et leur grand savoir), tandis qu’imaginer l’obstacle et le plan d’actions mobilise les ressources et pousse à se mettre en mouvement.

C’est bon, vous êtes toujours là ? Ou vous êtes déjà passé à l’action ? Vous avez imaginé ce bon chocolat qui vous attend dans le frigo, visualisé l’obstacle qui se dresse entre vous et la tablette de chocolat dans le frigo, la porte, vous avez établi un plan, ouvrir la porte, vous avez couru dans la cuisine, l’obstacle s’est présenté, vous avez ouvert la porte et maintenant vous sentez le goût subtil de ce chocolat nigérian qui se répand dans votre bouche… Oui, bon, d’accord, le chocolat ne se range pas au frigo… Bon, revenez là, il y a une suite !

Pour être efficace, il ne faut pas rester uniquement au niveau des pensées (et une pierre de plus dans le jardin de la pensée positive), mais intervenir également au niveau des émotions et des comportements. Ah, ça, je le savais ! Formation PNL oblige…

A chacun de ces niveaux, notre scientifique suisse, sympathique et très clair nous propose des outils :

Niveau émotions : ouvrir au maximum son champ d’attention pour voir ce qui se passe autour de nous, saisir les opportunités (sûr que si vous marchez dans la rue le nez sur votre téléphone portable, non seulement vous allez vous prendre un poteau, mais en plus vous ne risquez pas de voir que vous croisez la route de George Clooney qui pourtant était tout prêt à vous embaucher pour son prochain film). Pour cela, on peut utiliser par exemple la pleine conscience, la relaxation, l’activité physique.

Niveau pensée : cultiver son optimisme (« je réussis grâce à mon travail, mon attitude », « j’échoue à cause de facteurs externes ») et envoyer bouler le pessimisme (« je réussis grâce à la chance ou au hasard », « j’échoue parce que je suis nul »). Ben oui, parce que quand on a des pensées optimistes, on est plus entreprenant vu qu’on pense que l’on peut influencer les choses. Les outils à utiliser pour développer ce type de pensées sont entre autres la visualisation, l’autosuggestion, les comparaisons descendantes (se comparer à pire que soi, moins heureux, moins bien loti).

Niveau comportements : je vous le donne en mille : pour obtenir quelque chose, il faut tra-vail-ler ! Les success stories sont toujours celles de gros bosseurs. Il faut être capable d’agir pour obtenir ce que l’on veut, de persévérer même si ça ne marche pas tout de suite, et de savoir lâcher prise à temps, si vraiment ça ne marche pas, pour aller vers autre chose. Du point de vue outils, notre scientifique suisse, sympathique, clair et passionnant nous dit qu’il faut entretenir les liens faibles (c’est à dire raconter ce que l’on veut obtenir pas uniquement à ses proches mais à des gens plus éloignés pour démultiplier les chances d’avoir une opportunité), intensifier ses relations interpersonnelles (parler à un inconnu par semaine, ajouter un nouveau contact dans son téléphone par mois, …) et faire de nouvelles expériences.

Donc notre scientifique suisse, sympathique, clair, passionnant et convaincant nous dit en conclusion de remplacer la loi de l’attraction de la pensée positive par un principe à trois pattes (euh, il n’a pas dû le dire ça comme ça) :
Ouverture (pour percevoir davantage d’opportunités) / Motivation (on croit à l’efficacité de ses actions) / Concrétisation (on ose agir et on persévère).

Et notre bonhomme a ainsi défini la nouvelle pensée positive (ou pensée positive 2.0) :

– détends-toi et tire profit de ce que la vie met sur ton chemin
– vois le bon côté des choses et aies confiance en ton pouvoir de les influencer
– agis dans le sens de tes rêves et persévère aussi longtemps que nécessaire
– considère le meilleur en chaque être humain et traite-le en conséquence

Et voilà, fin de la démonstration ! Applaudissements. Il les a bien mérités Yves-Alexandre. Vous aussi d’ailleurs, vu que vous êtes toujours là… Le théâtre se vide lentement. Direction la voiture. Aïe, mes genoux. La circulation est plutôt fluide. Mon esprit vagabonde (un peu, je conduis, quand même). Mon souhait ? Ecrire un article sur ce que je viens d’entendre. Les obstacles ? Avoir la flemme. Ne pas prendre le temps. Ecrire comme un pied (et Dieu sait que sur un clavier c’est embêtant). Endormir le lecteur. Pire, ne pas avoir de lecteur. Oh, bon, ça suffit ! Je crois à l’efficacité de mes actions, et demain je m’y mets !

Et vous, c’est quoi votre souhait ?

Belle journée à vous !

 

 

Quoi, toujours là ? J’ai oublié quelque chose ? Ah oui, les liens. Vous êtes tenace, vous.
Donc :
– le site de Rencontres Perspectives, grand organisateur de conférences passionnantes, enrichissantes, inspirantes : http://www.rencontres-perspectives.fr/ (oui, d’accord, vous auriez pu trouver tout seul).
– Le site sur lequel Yves-Alexandre Thalmann développe la nouvelle pensée positive : http://penseepositive20.net/. Et cliquez bien sur les mots de l’image, c’est ça le menu, je n’avais pas compris du premier coup !

 

© Copyright Isabelle Roche – 2017 – Tous droits réservés
Le texte de cet article est la propriété de son auteur et ne peut être utilisé sans son accord et sous certaines conditions.

Le droit de briller

Le droit de briller

Vendredi 16h. Je regarde mes mails histoire de zapper l’esprit tranquille sur le week-end. Une pub de la SNCF. Bon, pas de voyage prévu pour l’instant. Le zoom des Echos. Quel sujet aujourd’hui ? Le Frexit. Tiens, je connais quelqu’un que ça pourrait intéresser, je fais suivre. WordPress. Ah, super, la sauvegarde de mon site internet a bien fonctionné. C’est qu’il faut en prendre soin de ces petites choses… Allez, mail suivant. Thomas M. Ah Thomas, sympa d’avoir de ses nouvelles. C’est toujours intéressant le travail que l’on fait dans les ateliers de réflexion sur le développement personnel auxquels on participe ensemble. J’aime bien ces ateliers où on peut échanger sur nos expériences, nos rencontres, nos lectures. Parler de la façon dont on voit notre métier. Partager sur des axes de progrès, sur notre vision de l’avenir. Alors pourquoi m’écrit-il Thomas ? Voyons cela…

Chère Isabelle (c’est moi),
Comme tu le sais, j’organise de temps en temps des journées de réflexion autour d’un thème ayant trait d’une façon ou d’une autre au développement personnel. La journée comprend en général deux ou trois conférences, une table ronde et des ateliers en groupe. La prochaine journée aura lieu le 25 mai. J’aimerais beaucoup que tu animes une conférence se rapportant au thème de la journée, pour une durée d’à peu près 1h, suivie d’une séance de questions/réponses. La journée se déroulera à dsfsnefjvehoiezfozeifhzofizhhdlvndrdk……..

Les mots se brouillent devant mes yeux. Ils sont là mais je ne les comprends plus. Je sens mon coeur frapper dans ma poitrine. Le sang battre au niveau de mon cou. Un peu de sueur sur mes tempes. Mes doigts suspendus au-dessus du clavier tremblent légèrement. Je respire un peu plus vite. Une conférence. Bon sang. Mais pourquoi il me demande ça à moi ? Je n’en suis absolument pas capable. Je ne le connais pas bien ce sujet. Il y a tant de personnes qui s’y connaissent mieux que moi. Je n’ai aucune légitimité pour faire ça. Je vais être ridicule. Et puis une séance de questions/réponses. Jamais je ne trouverai les réponses. Et si les gens me trouvent nulle ? Oui, je vais être ridicule. Non ce n’est pas possible. Je ne suis pas assez bien pour faire ça. J’en ai vu tant des conférences, des gens exceptionnels, qui savaient toujours quoi répondre, qui savaient captiver l’auditoire. Bienveillants, intelligents, rompus à l’art oratoire. Je me souviens de Matthieu Ricard. Exceptionnel de clarté, lumineux. De Christophe André qui explique les choses de manière si simple, qui est si accessible, si humble alors qu’il en connaît tant. D’Alexandre Jollien à la fois si touchant et si drôle. De tant d’autres. Mais moi ? Qui suis-je pour prétendre me présenter devant un public ? Je n’ai rien à leur apporter. Je ne peux pas. Ce n’est pas ma place. Je vais refuser. Oui, c’est ça, je vais refuser. Ça va mieux, je me détends un peu. Allez, je lui répondrai lundi, laissons passer le week-end…

Dimanche matin. Je suis dans mon lit. Je regarde le plafond. J’aime bien ce moment au chaud sous la couette. J’entends le vent. La pluie frappe les carreaux. Habituellement je savoure ces instants. Mais pas aujourd’hui. J’ai mal au ventre. Cette histoire de conférence tourne dans ma tête et m’a réveillée tôt. C’est une opportunité, c’est sûr. J’aimerais partager avec des personnes mon expérience, ce que j’ai appris, comment j’aborde le problème. Je connais quand même des choses sur le sujet. Je pourrais organiser ma présentation en deux parties, raconter une histoire et puis la décrypter ensuite en fonction de ce que je connais de l’esprit humain, des représentations de chacun. Mais je ne ferai jamais aussi bien que le feraient Nicolas, Jasmine ou Barnabé. Je ne serai pas à la hauteur. Je ne suis pas à la hauteur…

De petites taches de lumière apparaissent petit à petit sur le plafond bleu de la chambre encore sombre. Mon regard se promène de l’une à l’autre. Mon esprit flotte un peu. Un souvenir tente de remonter. Des paroles. Une chanson ? Non, je n’entends pas de musique. Un poème ? Oui peut-être. Non, c’est plutôt un discours. Un homme. J’entends à la fois la bienveillance, la force et l’enthousiasme dans sa voix. Un grand homme. Mandela. Voilà, je me souviens. Dans une formation il y a quelques années, un des formateurs nous avait parlé d’un texte écrit par Marianne Williamson et lu par Nelson Mandela lors de son discours d’investiture. J’ai dû le noter quelque part. Bougez pas, j’attrape mon téléphone. Compagnon Google, aide moi… Ah voilà, j’ai trouvé :

Notre plus grande peur
Texte de Marianne Williamson extrait de son livre « Le retour à l’amour » (1992), prononcé par Nelson Mandela lors de son discours d’investiture à la Présidence de la République de l’Afrique du Sud en 1994.

« Notre plus grande peur n’est pas d’être démuni.
Notre plus grande peur est d’être puissant au-delà de toute mesure.
C’est notre propre lumière et non notre obscurité qui nous effraye le plus.
Nous nous posons la question « Qui suis-je, moi, pour être génial, magnifique, talentueux, merveilleux ? »
En réalité, qui êtes-vous pour ne pas l’être ? Vous êtes un enfant de Dieu.
Vous brider, jouer petit, ne rend pas service au monde.
Il n’y a rien d’édifiant à vous rétrécir pour éviter d’insécuriser les autres.
Nous sommes tous appelés à briller, comme le font les enfants.
Nous sommes nés pour manifester la gloire de Dieu qui est en nous.
Et elle ne se trouve pas seulement chez quelques-uns ; elle est en chacun de nous.
Et en laissant briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même.
En nous libérant de notre propre peur, notre rayonnement automatiquement libère les autres. »

Silence dans la pénombre de la chambre. J’ai la gorge un peu nouée. « Qui êtes-vous pour ne pas l’être ? ». Aurais-je donc le droit d’exprimer ce que je suis ? De partager mon expérience avec d’autres ? Aurais-je le droit de penser que je peux quelque part leur apporter quelque chose ? Que je peux avoir quelque chose d’intéressant à dire ? Être utile ? Serait-ce même un devoir ? Le renoncement serait-il une erreur ? Une lâcheté ?

Lundi matin. J’ouvre ma messagerie. J’ai les mains moites. Je regarde mes doigts trembler un peu au-dessus du clavier, encore. J’ai toujours mal au ventre.

Bonjour Thomas,
Je te remercie beaucoup pour ton message. C’est avec grand plaisir que j’animerai une conférence lors de la journée que tu organises le 25 mai. Cela va être un beau moment de partage, je m’en réjouis d’avance.
A très bientôt.
Isabelle (c’est toujours moi).

Petit moment suspendu… Allez, je clique sur Envoyer. C’est parti. Je sens mes poumons se dégonfler comme un ballon de baudruche dont la ficelle se dénoue. Aurais-je cessé de respirer pendant que j’écrivais ces quelques mots ?

 

Alors, chez vous aussi le texte de Marianne Williamson fait bouger quelque chose ? Prêts à vous autoriser à briller ? Vous avez tant à partager, vous êtes merveilleux, unique. Alors on arrête de se dire qu’on est nul ? Qu’on ne vaut rien ? On arrête de se comparer ? On y va ? Venez-là, oui, c’est ça, un peu plus près, que je vous dise un truc à l’oreille : « vous avez le droit ! ».

Ah au fait, je ne vous ai pas dit le thème de la journée organisée par Thomas… « La peur »

 

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Pourquoi je suis sortie de La La Land avec les yeux rouges

Pourquoi je suis sortie de La La Land avec les yeux rouges

Pendant les vacances, je suis allée deux fois au cinéma. C’est rare. Je n’y vais que quand je peux emmener les enfants, ce qui fait que depuis des années, je n’ai pas vu grand chose d’autre que des dessins animés. Parfois excellents d’ailleurs. Mais ce coup-ci, pas de dessin animé, tant pis pour les animaux de Tous en scène, mais des films avec des vrais gens en chair et en os… Enfin, je pense, parce que depuis que j’ai lu que dans Rogue one Tarkin était interprété par un acteur décédé en 1994… Bref, je suis allée voir Raid dingue et La La Land. Et de l’un des deux, je suis sortie avec les yeux rougis par les pleurs… Lequel ? Oui, bon, pas trop difficile, de toute façon c’est écrit dans le titre…

Si vous n’avez pas vu La La Land, que vous comptez le voir et que vous ne voulez rien en savoir, arrêtez de lire, et on se retrouve au prochain article. Je n’irai pas jusqu’à raconter la toute fin du film, mais bon, je préfère prévenir. Mais ne gâchez pas les cinq minutes que vous aviez prévues pour lire cet article, fermez les yeux (quand vous aurez fini de lire cette phrase, pfff, c’est malin), respirez profondément trois fois et imaginez un endroit où vous vous sentez parfaitement calme et détendu, écoutez les sons, sentez les odeurs, ressentez l’air sur votre peau, la position de votre corps,… Et continuez à respirer, hein, faites pas l’andouille. Ça sera génial avant de zapper sur l’activité suivante.

Ça y est, on n’est plus que nous, ceux qui ont vu le film, il paraît qu’on est nombreux, et ceux qui veulent en savoir un peu plus ? Parfait. Vous avez vu ce teasing ? Aguichage en français, marrant ce mot, aguichage…

Oui, bon, je reviens à mon mouton. Alors donc La la land raconte en gros l’histoire d’un pianiste de bar amoureux du jazz qui rêve d’ouvrir son propre club et d’une serveuse qui rêve de devenir actrice et passe plein de castings dans ce but. Le tout à Los Angeles. L.A. LA LA Land. Pu… n(i)aise, j’avais pas compris avant de voir le film… Ce qui devait arriver arrivant, ils tombent amoureux l’un de l’autre (tant qu’à faire), font leur chemin, abandonnent, remontent en selle, se découragent, s’encouragent… Le métier les conduit à s’éloigner l’un de l’autre géographiquement, le temps passe… Je regarde cette histoire se dérouler sous mes yeux, tranquille, c’est sympa, la musique, la danse, le décor de LA, le type est plutôt mignon. La fille aussi, oui, bon, d’accord. Je regarde quand même l’heure de temps en temps. Je ne ressens pas d’émotion particulière, c’est pas mal… Et puis au bout d’à peu près 1h50 de film, les fesses calées dans mon fauteuil rouge (ils sont rouges dans tous les cinés, non?) et l’attention plus ou moins flottante, paf, voilà la fille qui revient à L.A. et qui retombe sur le mec. Je m’attends à un machin mélo, on s’embrasse, la vie est belle, cui cui les petits oiseaux. Et soudain plus de fauteuil rouge, de portable qui vibre dans la poche, d’enfants à côté qui demandent si c’est bientôt fini. Le regard happé par l’écran. Des séquences s’enchainent ultra rapidement et montrent par flashes tout ce que la vie de ces deux là aurait pu être depuis le moment où un avion les a séparés jusqu’à ce jour où ils se retrouvent, si justement l’avion ne les avait pas séparés. La vie à deux, la naissance d’un enfant, les soirées, la nounou, la cuisine, les rencontres, les films, la musique,… Rien d’exceptionnel, rien de bien différent de ce qu’a été leur vie sur le fond, mais tout ce à côté de quoi ils sont passés. Ce qui aurait pu être. Et qui ne sera jamais. Forcément. Et là je sens le poids au milieu de ma poitrine, un espèce de machin qui serre fort, la respiration qui essaye de se faire ample pour desserrer ce truc, et puis une larme qui coule, une autre, la sueur qui vient sur les tempes, ben oui, faut pas faire de bruit, c’est un ciné quand même, faut se contrôler. Bon, je n’ai pas pleuré autant que pour E.T., parce que là c’était carrément les chutes du Niagara, et encore il n’est pas mort, il est juste retourné maison, mais quand même… Allez, je ne vous dis pas comment ça finit La La Land, hein, des fois que finalement si vous ne l’avez pas vu vous décidiez d’aller le voir…

Ça fait plusieurs semaines que j’ai laissé derrière moi le fauteuil rouge et l’odeur légèrement écœurante de pop corn, mais je m’interroge. N’aurais-je pas par hasard, sait-on jamais, des regrets quant à la vie que j’aurais pu vivre ? Aurait-il pu en être autrement ? Fais-je vraiment ce qui me plaît, ce que je voudrais faire ? Et vous ? Comment vous vous sentez par rapport à ça ? Quelle serait votre vie rêvée ? Sans parler des contraintes, pas tout de suite. Qu’est-ce qui vous fait vibrer ? Si vous n’aviez pas peur d’être jugé, critiqué, que feriez-vous là tout de suite ? Et qu’est-ce qui vous empêche d’avancer vers cette vie rêvée ? Et si vous continuez sur la lancée de votre vie actuelle, dans cinq ans, comment vous sentirez-vous ? Bien ? Tant mieux, c’est super cool. Peut-être avez-vous déjà fait un travail sur vous-même pour en arriver là. Ou pas.

Et oui, c’est ça le coaching. Poser des questions pour ouvrir un angle, décaler une perception, donner l’autorisation d’exprimer des envies, lever des barrières, élargir le champ des possibles, apprivoiser les peurs, enflammer la motivation. Plein de choses du genre. Mais pas que ça, hein. Parce que si vous repartez comme ça avec une super vision de votre vie de rêve qui vous fait vous trémousser et frétiller de partout, et que vous n’avez aucune idée du chemin à suivre pour l’atteindre, aucune clé pour ouvrir les portes, surtout celles à l’intérieur de vous-même, ben vous allez être comme un couillon sur le trottoir devant le cabinet de votre coach. Le coaching c’est aussi vous accompagner sur le chemin (vous vous rappelez du tout premier (mini) article de ce blog ?  http://optalys.fr/cocher/), construire les étapes pour arriver là où vous voulez arriver, vous apprendre à mieux vous connaître, vous soutenir, lever vos blocages, mobiliser vos ressources. Parce que vous le savez, ça, vous avez tout ce qu’il faut en vous pour réussir à atteindre vos objectifs, de quelqu’ordre qu’ils soient. Il faut juste que quelqu’un vous le dise. Et ça tombe bien, je viens de vous le dire…

Belle journée à vous !

 

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