Vendredi 16h. Je regarde mes mails histoire de zapper l’esprit tranquille sur le week-end. Une pub de la SNCF. Bon, pas de voyage prévu pour l’instant. Le zoom des Echos. Quel sujet aujourd’hui ? Le Frexit. Tiens, je connais quelqu’un que ça pourrait intéresser, je fais suivre. WordPress. Ah, super, la sauvegarde de mon site internet a bien fonctionné. C’est qu’il faut en prendre soin de ces petites choses… Allez, mail suivant. Thomas M. Ah Thomas, sympa d’avoir de ses nouvelles. C’est toujours intéressant le travail que l’on fait dans les ateliers de réflexion sur le développement personnel auxquels on participe ensemble. J’aime bien ces ateliers où on peut échanger sur nos expériences, nos rencontres, nos lectures. Parler de la façon dont on voit notre métier. Partager sur des axes de progrès, sur notre vision de l’avenir. Alors pourquoi m’écrit-il Thomas ? Voyons cela…

Chère Isabelle (c’est moi),
Comme tu le sais, j’organise de temps en temps des journées de réflexion autour d’un thème ayant trait d’une façon ou d’une autre au développement personnel. La journée comprend en général deux ou trois conférences, une table ronde et des ateliers en groupe. La prochaine journée aura lieu le 25 mai. J’aimerais beaucoup que tu animes une conférence se rapportant au thème de la journée, pour une durée d’à peu près 1h, suivie d’une séance de questions/réponses. La journée se déroulera à dsfsnefjvehoiezfozeifhzofizhhdlvndrdk……..

Les mots se brouillent devant mes yeux. Ils sont là mais je ne les comprends plus. Je sens mon coeur frapper dans ma poitrine. Le sang battre au niveau de mon cou. Un peu de sueur sur mes tempes. Mes doigts suspendus au-dessus du clavier tremblent légèrement. Je respire un peu plus vite. Une conférence. Bon sang. Mais pourquoi il me demande ça à moi ? Je n’en suis absolument pas capable. Je ne le connais pas bien ce sujet. Il y a tant de personnes qui s’y connaissent mieux que moi. Je n’ai aucune légitimité pour faire ça. Je vais être ridicule. Et puis une séance de questions/réponses. Jamais je ne trouverai les réponses. Et si les gens me trouvent nulle ? Oui, je vais être ridicule. Non ce n’est pas possible. Je ne suis pas assez bien pour faire ça. J’en ai vu tant des conférences, des gens exceptionnels, qui savaient toujours quoi répondre, qui savaient captiver l’auditoire. Bienveillants, intelligents, rompus à l’art oratoire. Je me souviens de Matthieu Ricard. Exceptionnel de clarté, lumineux. De Christophe André qui explique les choses de manière si simple, qui est si accessible, si humble alors qu’il en connaît tant. D’Alexandre Jollien à la fois si touchant et si drôle. De tant d’autres. Mais moi ? Qui suis-je pour prétendre me présenter devant un public ? Je n’ai rien à leur apporter. Je ne peux pas. Ce n’est pas ma place. Je vais refuser. Oui, c’est ça, je vais refuser. Ça va mieux, je me détends un peu. Allez, je lui répondrai lundi, laissons passer le week-end…

Dimanche matin. Je suis dans mon lit. Je regarde le plafond. J’aime bien ce moment au chaud sous la couette. J’entends le vent. La pluie frappe les carreaux. Habituellement je savoure ces instants. Mais pas aujourd’hui. J’ai mal au ventre. Cette histoire de conférence tourne dans ma tête et m’a réveillée tôt. C’est une opportunité, c’est sûr. J’aimerais partager avec des personnes mon expérience, ce que j’ai appris, comment j’aborde le problème. Je connais quand même des choses sur le sujet. Je pourrais organiser ma présentation en deux parties, raconter une histoire et puis la décrypter ensuite en fonction de ce que je connais de l’esprit humain, des représentations de chacun. Mais je ne ferai jamais aussi bien que le feraient Nicolas, Jasmine ou Barnabé. Je ne serai pas à la hauteur. Je ne suis pas à la hauteur…

De petites taches de lumière apparaissent petit à petit sur le plafond bleu de la chambre encore sombre. Mon regard se promène de l’une à l’autre. Mon esprit flotte un peu. Un souvenir tente de remonter. Des paroles. Une chanson ? Non, je n’entends pas de musique. Un poème ? Oui peut-être. Non, c’est plutôt un discours. Un homme. J’entends à la fois la bienveillance, la force et l’enthousiasme dans sa voix. Un grand homme. Mandela. Voilà, je me souviens. Dans une formation il y a quelques années, un des formateurs nous avait parlé d’un texte écrit par Marianne Williamson et lu par Nelson Mandela lors de son discours d’investiture. J’ai dû le noter quelque part. Bougez pas, j’attrape mon téléphone. Compagnon Google, aide moi… Ah voilà, j’ai trouvé :

Notre plus grande peur
Texte de Marianne Williamson extrait de son livre « Le retour à l’amour » (1992), prononcé par Nelson Mandela lors de son discours d’investiture à la Présidence de la République de l’Afrique du Sud en 1994.

« Notre plus grande peur n’est pas d’être démuni.
Notre plus grande peur est d’être puissant au-delà de toute mesure.
C’est notre propre lumière et non notre obscurité qui nous effraye le plus.
Nous nous posons la question « Qui suis-je, moi, pour être génial, magnifique, talentueux, merveilleux ? »
En réalité, qui êtes-vous pour ne pas l’être ? Vous êtes un enfant de Dieu.
Vous brider, jouer petit, ne rend pas service au monde.
Il n’y a rien d’édifiant à vous rétrécir pour éviter d’insécuriser les autres.
Nous sommes tous appelés à briller, comme le font les enfants.
Nous sommes nés pour manifester la gloire de Dieu qui est en nous.
Et elle ne se trouve pas seulement chez quelques-uns ; elle est en chacun de nous.
Et en laissant briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même.
En nous libérant de notre propre peur, notre rayonnement automatiquement libère les autres. »

Silence dans la pénombre de la chambre. J’ai la gorge un peu nouée. « Qui êtes-vous pour ne pas l’être ? ». Aurais-je donc le droit d’exprimer ce que je suis ? De partager mon expérience avec d’autres ? Aurais-je le droit de penser que je peux quelque part leur apporter quelque chose ? Que je peux avoir quelque chose d’intéressant à dire ? Être utile ? Serait-ce même un devoir ? Le renoncement serait-il une erreur ? Une lâcheté ?

Lundi matin. J’ouvre ma messagerie. J’ai les mains moites. Je regarde mes doigts trembler un peu au-dessus du clavier, encore. J’ai toujours mal au ventre.

Bonjour Thomas,
Je te remercie beaucoup pour ton message. C’est avec grand plaisir que j’animerai une conférence lors de la journée que tu organises le 25 mai. Cela va être un beau moment de partage, je m’en réjouis d’avance.
A très bientôt.
Isabelle (c’est toujours moi).

Petit moment suspendu… Allez, je clique sur Envoyer. C’est parti. Je sens mes poumons se dégonfler comme un ballon de baudruche dont la ficelle se dénoue. Aurais-je cessé de respirer pendant que j’écrivais ces quelques mots ?

 

Alors, chez vous aussi le texte de Marianne Williamson fait bouger quelque chose ? Prêts à vous autoriser à briller ? Vous avez tant à partager, vous êtes merveilleux, unique. Alors on arrête de se dire qu’on est nul ? Qu’on ne vaut rien ? On arrête de se comparer ? On y va ? Venez-là, oui, c’est ça, un peu plus près, que je vous dise un truc à l’oreille : « vous avez le droit ! ».

Ah au fait, je ne vous ai pas dit le thème de la journée organisée par Thomas… « La peur »

 

© Copyright Isabelle Roche – 2017 – Tous droits réservés
Le texte de cet article est la propriété de son auteur et ne peut être utilisé sans son accord et sous certaines conditions.

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